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Pour le meilleur et pour le pire

31 Jan

Elle n’avait que 16 ans, elle s’appelait Ève. Cette chère Ève qui terminait enfin son secondaire et qui avait trouvé son cavalier pas que pour le bal mais aussi pour la vie. Il était grand, fort, avait des cheveux châtain et de grands yeux bleus. Il se nommait Olivier. Il était fermier et habitait la maison d’à côté. Olivier était plus âgé que Ève de 2 ans.

Ils étaient amoureux et officiellement ensemble depuis bientôt six mois. Il fallait bien fêter ça, en amoureux, et le plus loin possible de la civilisation. Olivier décida d’apporter sa bien-aimée dans un bois, faire du camping sauvage. Dépendre de rien et impressionner Ève, la surprendre. Ils partiraient le jeudi suivant, après l’école de Ève pour avoir exactement trois jours et trois nuits juste à eux.

Jeudi, 16 heures. Olivier attendait sa dame devant l’école. Le camion était rempli de nourriture, vêtements, sac de couchage et plus encore. Ève avait obtenu la permission de ses parents pour accompagner son homme à une seule condition : qu’elle apporte le cellulaire de son père au cas où ils tomberaient en panne ou s’ils avaient un accident.

Rendus là-bas, ils se dépêchèrent à monter la tente avant que la noirceur ne les rattrape. Les amoureux mangèrent près de l’eau accompagnés d’un feu grandiose qu’Olivier avait allumé seul pour impressionner Ève. Elle voulut ensuite appeler ses parents pour leur souhaiter une bonne nuit, mais le cellulaire n’avait plus de réseau. Le beau jeune homme borda sa belle avec une tendresse si incroyable qu’elle l’invita à rester au chaud, à ses côtés. Elle s’endormit avec une rapidité inouïe dans ses bras, à la chaleur. Ce fut de même pour Olivier.

Quelques heures après s’être endormis, une sonnerie retentit dans la tente, ce qui réveilla aussitôt la belle au bois dormant. Elle se dépêcha à sortir du lit pour répondre :

– Allo?

Un souffle court, une voix grave se fit entendre. comme dans un murmure.

– Je te vois.

Elle raccrocha aussi vite qu’elle s’était levée, vérifia le réseau : toujours nul! Cela devait être une mauvaise blague. Elle retourna au chaud auprès de son amoureux qui dormait toujours.

Le vendredi matin, le soleil brillait de toute sa puissance, ce qui réveilla le beau jeune homme. Il sortit sans déranger Ève. Olivier écouta l’eau de la rivière qui ruisselait devant lui. Il fit le petit-déjeuner : des œufs, du bacon et des rôties cuits sur une bonne vieille plaque en fonte. Quelques minutes plus tard, Ève se réveilla d’un sommeil très agité. Ils déjeunèrent en silence, Ève ne voulait pas discuter de ce qui s’était passé la nuit dernière par peur qu’il rit d’elle. Donc, la journée se déroula ainsi : petite marche en forêt et baignade à la rivière; c’était une merveilleuse journée en amoureux. Très tranquille, sans incident.

Pendant qu’Olivier préparait le souper, Ève alla vérifier le réseau de son cellulaire pour rejoindre son cher père, mais il n’y avait aucune barre de réseau. Ils mangèrent en tête à tête devant le soleil couchant. La rivière était belle et très paisible. Les hambourgeois étaient cuits à point, ce n’était pas un souper au Bâton-Rouge, mais c’était fait avec amour et cela plaisait bien à Ève. Elle était très impressionnée. Après avoir regardé le soleil sombré dans les ténèbres, Olivier fit un énorme feu et profita de l’ambiance romantique pour enlacer sa belle.

Ils allèrent se coucher peu de temps après que le feu rendit l’âme. Ève rêva de son prince charmant, Olivier, plus précisément quand elle lui offrirait sa virginité si bien gardée et protégée. Mais des craquements de branches et des pas la réveillèrent en sursaut. Elle était encore très nerveuse du coup de téléphone de la veille. En voyant des ombrages qui s’approchaient de la tente, elle sentit son corps trembler, elle secoua Olivier de toutes ses forces. Les ombres étaient énormes, c’était certainement deux hommes à cause de leurs chants roques et machiavéliques. Même à travers de la toile, on pouvait voir quatre ronds orange feu danser autour de la tente. Les deux amoureux ne bougeaient plus et ne respiraient plus. Olivier, pris de panique, garda Ève au milieu de la tente, cachée sous les couvertures. Au bout de trois longues heures de chants incompréhensibles, les deux hommes disparurent dans la nuit. Ève s’était endormie une heure avant dans un sommeil inquiet. Olivier ne se rendormit pas cette nuit-là.

Le lendemain, Olivier réveilla Ève aux premières lueurs pour ramasser les valises, défaire la tente et partir plus loin sur la gauche de la rivière. C’était un bon plan et ils seraient tranquilles. Ève resta une bonne partie de la journée étendue sur la plage pendant que son compagnon regardait les alentours, de plus en plus nerveux. Il voulait protéger celle qui le rendait heureux. Il lui fit à manger et lui mit de la crème solaire. Il voulait qu’elle se sente bien et en sécurité. Olivier n’avait jamais connu l’amour avant Ève, donc il ferait tout pour qu’elle reste auprès de lui.

Juste après le souper, les premières gouttes de pluie tombèrent. La jeune fille se précipita avec son homme sous la tente. Pour un samedi soir, c’était assez ordinaire. Alors, le jeune homme sortit sa guitare sèche et en joua quelques morceaux pour sa belle. Au bout de quelques chansons, Olivier entendit des chants qui n’étaient pas les siens. Cette fois-ci, il n’y avait pas que deux hommes mais bien quatre. Ève demanda à son amoureux de sortir les voir et de leur faire peur. Olivier sortit de la tente, les deux pieds dans la boue. Il regarda prudemment aux alentours, il n’y avait plus rien : la forêt était redevenue calme. Il fit le tour de la tente et marcha vers les arbres. Rien à signaler, ils avaient sûrement pris leurs jambes à leur cou.

En se retournant vers la tente, au premier pas, il se fit projeter dans la boue. Deux mains retenaient ses chevilles. Olivier leva la tête et vit deux nains hideux à la peau grisâtre et au visage parsemé d’acné. Pendant ce temps, Ève attendait dans leur refuge, mais il n’y avait aucun bruit à l’extérieur. Olivier aperçut les yeux des ces monstres, ils étaient d’un orange feu. C’était eux qui les avaient embêtés la veille. Avant de pouvoir dire quoi que ce soit, Olivier se retrouva les mains et les jambes ligotées, avec un sac en toile noire sur la tête. En quelques secondes, il ne touchait plus terre, les quatre gnomes l’avaient soulevé et emporté.

Quelques heures après le départ d’Olivier, Ève l’attendait toujours. Elle croyait dur comme fer qu’il allait revenir. Elle s’était endormie d’épuisement. La jeune femme se réveilla aux premières lueurs de l’aube, sans trop comprendre pourquoi il n’était pas revenu. Elle sortit la tête dehors pour regarder s’il était déjà debout. Hélas! aucun signe de vie de son ami. La jeune dame sortit pieds nus, il avait plu toute la nuit, rien n’était sec. Elle contourna la tente, alla vers le boisé et remarqua une silhouette inscrite dans la boue. Sans trop savoir pourquoi, elle suivit les traces de pas au travers de la forêt. Plus elle s’enfonçait, plus c’était sombre et l’ambiance sinistre.

Après trois quarts d’heures de marche, elle découvrit une petite maison. Elle était délabrée, vieille d’au moins soixante ans. Le bois était défraîchi. Mais comment cette maison pouvait-elle encore tenir debout? se demandait Ève. Au même moment, elle entendit un hurlement de douleur et de détresse. Elle se précipita vers la maison, les hurlements venaient bien de là. Plus elle s’approchait, plus les cris étaient pénibles à entendre. Sans vérifier si elle était déverrouillée, elle s’élança et défonça la petite porte vermoulue. Par-dessus les cris, elle pouvait distinguer des chants.

Deux nains, plus laids qu’Ève avait pu l’imaginer, sortirent de l’ombre armées de deux bâtons de bois. Le premier coup porté sur la jeune file se fit sentir au niveau du tibia, elle tomba de douleur. Puis un autre coup dans le dos, un autre sur la mâchoire. La peau entaillée, le sang dégoulinait. Ses agresseurs la martelèrent de coups jusqu’à ce qu’elle attrapa un des bâtons puis s’élança vers le nain le plus proche. Elle s’acharna sur le mi-homme aux yeux de feu jusqu’à ce que sa tête ne soit que de la gélatine. Le deuxième nain voyait la scène d’un pas reculé. Par instinct, il agrippa son bâton et attaqua Ève. Prise au dépourvu, la jeune dame tomba face première dans le restant gluant et rouge. La rage l’envahissait, elle lança un bout de cadavre vers le petit monstre, reprit le bâton et bondit sur lui. Elle le lui planta au travers du ventre. Une fois le nain étendu, elle lui martela le crâne à mains nues.

À la fin du combat, elle courut dans l’autre pièce où elle trouva Olivier attaché sur une table, les jambes coupées aux genoux. Les nains lui avaient recousu les pieds aux genoux. Deux autres nains à ses côtés chantaient en tenant ses bouts de tibias. Ève prit une machette gisant par terre sans se faire remarquer puis coupa la tête du nain de gauche. Celui de droite, en voyant la tête de son confrère, pressa le pas vers Ève avec, pour seule arme, le tibia d’Olivier. D’un coup, elle coupa le bras du mini-monstre en enfonçant son arme dans l’œsophage, puis elle monta la lame vers le haut, ce qui le coupa en deux.

Ève se retourna vers son bien-aimé. Ses yeux n’étaient plus bleus mais orange, sa peau était maintenant grise et boutonneuse. Elle prit une corde, l’attacha à la table et traîna son homme à l’extérieur, ensuite, jusqu’au campement. Elle l’aimait et ce, pour le meilleur et pour le pire. Elle ramassa la tente en écoutant les chants incompréhensibles d’Olivier. Elle rangea le tout dans le véhicule. Avec amour et beaucoup d’assurance, elle libéra son copain, l’assit sur la banquette du passager. Le jeune fille démarra le moteur et repartit vers leur petit village paisible.

Après quelques heures de route, ils arrivèrent enfin à Saint-Rock. Les parents de Ève étaient au boulot, donc aucune chance de se faire prendre avec le nain. Elle gara le camion derrière la grange. Elle aménagea les lieux comme un appartement avec quelques chaînes en plus pour le garder aux abris.

Marie-Ève Lachapelle

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10 Commentaires

Publié par le 31 janvier 2014 dans Travaux d'élèves

 

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10 réponses à “Pour le meilleur et pour le pire

  1. Robert Gravel

    19 octobre 2016 at 10:47

    Bonjour. très bon job. je te remercie pour ton beau travail. merci beaucoup

     
    • Julie Dubé

      19 octobre 2016 at 11:20

      Bonjour, vos commentaires ne sont pas publiés directement puisque c’est un blogue de classe et je dois m’assurer que tout le contenu soit approprié. Je le publie quand c’est le cas, il faut juste me laisser le temps de valider le tout. Et je ne suis pas tout le temps disponible pour le faire 🙂 Merci pour vos bons mots et bonne journée!

       
  2. nada sanchez

    10 mars 2016 at 06:49

    cette nouvelle m’a trop plu mais comme je suis une personne qui cherche a trop creuser,la fin incomplète de cette histoire m’intrigue,enfin l’auteur avait ces raisons..et avec cette fin ambigus il a pu laisser un effet chez chaque lecteur…

     
    • Robert Gravel

      19 octobre 2016 at 10:48

      C’est un bon commentaire. Merci.

       
  3. Mélanie

    18 novembre 2015 at 23:18

    Bonjour,
    Je dois présente un biographie de l’auteur « pour le meilleur et pour le pire » dans le cadre de mon cours de français. J’ai fait des recherches, mais rien trouvé. Je dois parler de votre nationalité, votre date de naissance, vos études et professions, des renseignements sur votre famille, vos intérêts et goûts et vos principales œuvres. Pourriez-vous m’aider ?

     
    • Julie Dubé

      19 novembre 2015 at 10:09

      L’auteure est une ancienne élève de ma classe. Elle n’est plus au centre depuis longtemps, alors, malheureusement, je ne peux pas t’aider. Tout ce que je peux dire, c’est qu’elle a habité la région de Lanaudière et qu’elle a fréquenté le centre d’éducation des adultes La Croisée de Repentigny afin de terminer ses études secondaires.

       
      • Robert Gravel

        19 octobre 2016 at 10:49

        C’est magnifique!

         
  4. beauge victoria

    25 mars 2015 at 11:05

    j’aime bien mais pour moi ta nouvelle n’est pas fini, il manque quelque chose qui fait qu’on sait que c’est la fin

     
    • Julie Dubé

      25 mars 2015 at 11:42

      Allo Victoria, en fait, c’est le propre de la nouvelle de terminer ainsi, de façon assez abrupte. C’est au lecture de s’imaginer la suite. Je comprends que cela peut te laisser sur ta faim, que tu veuilles en savoir plus. Laisse aller ton imagination et choisis toi-même la finale.

       
  5. franck etou

    12 janvier 2015 at 12:48

    histoire interessante

     

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