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Le suicide assisté

04 Mar
 
Un puissant tabou enveloppe le sujet du suicide même si cela fait bien partie de la réalité humaine. Le sujet est complexe et les jugements sur le suicide couvrent toute la gamme depuis la position judéo-chrétienne qui y voit un péché mortel méritant l’enfer éternel jusqu’à l’admiration sans bornes d’actes héroïques de sacrifice de soi qui sont aussi une forme de suicide (pensez aux kamikases japonais et aux porteurs de bombes ialamiques d’aujourd’hui). Le suicide est toutefois généralement condamné, car il reflète souvent l’incapacité de la société d’intégrer tous ses membres dans un ensemble harmonieux.Pour ma part, je suis d’avis que les tabous et la censure servent avant tout les manipulateurs qui ont intérêt à empêcher la circulation de l’information et que nous devrions nous sentir libres d’explorer tous les aspects de cette question. Des récents cas de suicide assisté, d’euthanasie volontaire et d’euthanasie non-volontaire au Canada ont conduit la Fondation humaniste du Québec à mettre sur pied un commité pour étudier cette question. Cette page est une première tentative de clarifier la problématique de la responsabilité dans le suicide.

La machine médicale

Dominée par le serment d’hippocrate, l’éthique médicale impose l’obligation de prolonger la vie en toutes circonstances même lorsque la qualité de la vie restante est plus importante pour le patient que sa durée. La fragmentation de la médecine en spécialitées de plus en plus pointues tend à concentrer l’attention du personnel traitant sur la lutte contre la maladie spécifique qu’ils traitent aux dépens du bien être général du patient. Enfin, les progrès de la science médicale permettent maintenant de prolonger la vie considérablement en suppléant à plusieurs déficiences organiques qui auraient précédemment causé la mort.

Nous sommes donc tous susceptibles de survivre à des incidents médicaux qui nous auraient emportés il y a quelques décennies. Prolonger la vie constitue une remarquable réussite lorsque la qualité de la vie peut être maintenue à un niveau élevé, mais cela n’est pas toujours le cas.

Seul l’individu concerné peut juger du bilan net entre la prolongation de sa vie et la dégradation de la qualité de celle-ci. Il est tout à fait légitime pour un individu de préférer la mort à des souffrances insupportables dans sa vie prolongée. Il est parfaitement raisonnable pour un tel individu de choisir un suicide réfléchi lorsqu’il n’y a plus d’espoir d’amélioration de sa condition. Une telle libération est son droit et le suicide est légal.

Généralement, cependant, l’exercice de ce droit n’est légal que si l’intéressé est en mesure de réaliser son suicide tout seul. En effet, la législation actuelle de presque tous les pays interdit à un tiers d’aider quelqu’un à se suicider. Les exceptions sont rares, la Suisse, les Pays Bas, la Belgique et l’Oregon, mais la liste s’allonge.

Et pourtant, tous les sondages de l’opinion publique, et ils sont nombreux, font état d’une écrasante majorité favorable à la disponibilité du suicide assisté lorsque demandé par un patient agonisant cherchant à être libéré de souffrances intolérables en phase terminale.  La contradiction entre les législations et la volonté populaire met en évidence encore une fois la défaillance des démocraties exposées aux interventions de puissants intérêts particuliers. Dans le cas du suicide assisté, de puissantes organisations religieuses imposent leur volonté à la majorité dans la plupart des pays y compris ceux qui se prétendent laïques.

Entre le suicide et le meurtre

Dans la vraie vie, les circonstances spécifiques de chaque cas introduisent une gamme de grisés entre le blanc et noir du suicide et du meurtre. Le tableau qui suit cherche à en dégager quelques grandes catégories en ce qui concerne le partage de la responsabilité entre l’individu et le corps médical.

ACTIF PASSIF
Personne ne peut être tenu responsable du suicide en état de crise psychologique et surtout pas le sujet qui n’est pas en pleine possession de ses moyens. non applicable
La victime d’un suicide réfléchi est certes responsable de s’enlever la vie mais ce geste est parfaitement légal car c’est considéré un droit fondamental de tout individu.  non applicable
Le protocole médical classique cherche à prolonger la vie à tout prix. Ces principes, qui visent surtout à satisfaire le serment d’Hypocrate des médecins, conduisent trop souvent à un acharnement thérapeutique qu’il serait criminel de faire subir à des animaux. La terreur devant la possibilité d’être forcé de subir de tels traitements est un motif raisonnable du suicide réfléchi. non applicable
Les soins palliatifs modérés cherchent à atténuer la détresse et la douleur du patient sans rien faire qui pourrait écourter la durée de vie restante du patient. Cette voie est un compromis conservateur entre l’intérêt du personnel soignant et celui du patient. C’est aussi une voie d’évitement qui permet aux politiciens d’évacuer l’épineuse question du suicide assisté même si les ressources requises ne sont disponibles que pour une fraction des patients qui réclament ce genre de traitement. L’hypocrisie à ce sujet est énorme. non applicable
Les soins palliatifs extrêmes accordent la priorité à la qualité de la vie du patient même si cela peut écourter sa durée.  Les soins palliatifs, même extrêmes, demeurent un compromis entre la sécurité légale du personnel médical et l’intérêt du patient qui réclame le droit de mourrir dignement et sans suplice. La différence entre les soins palliatifs modérés et extrêmes réside dans le courage du personnel traitant de se rapprocher de la frontière avec l’euthanasie volontaire. non applicable
Dans le suicide assisté, le personel traitant fournit au patient les moyens de mettre fin à sa vie mais ne participe pas au geste fatal. Des mesures conservatoires peuvent facilement garantir que la volonté du sujet de mettre fin à sa vie est authentique, persistante et libre de toute coercition. L’expérience d’un encadrement législatif permissif de l’État de l’Oregon démontre que la disponibilité du suicide assisté a souvent permis aux mourants de vivre leur agonie jusqu’au bout sans y avoir recours. non applicable
Il est question d’euthanasie volontaire lorsque le personnel traitant intervient de façon active pour mettre fin à la vie du patient selon sa volonté, clairement exprimée au préalable, lorsqu’il ne peut plus le faire lui-même. Laisser mourrir un patient sans intervenir est admissible lorsque cela se produit selon les instructions préalables de celui-ci. C’est ici qu’intervienent le testament biologique et le mandat en cas d’incompétence.
L’euthanasie non volontaire a lieu lorsqu’une intervention active procure une « mort douce » à un agonisant pour mettre fin à ses tourments physiques ou moraux sans instructions spécifiques du sujet à cet effet. Il y a concensus qu’il s’agit là d’un meurtre, mais les cours de justice tiennent quelquefois compte de circonstances atténuantes en determinant la sanction lorsque la compassion est le seul mobile. Laisser mourir un patient sans instructions spécifiques de sa part à cet effet peut conduire à une accusation d’abandon d’une personne en danger de mort.

 

Le suicide prématuré

Les opposants au suicide assisté (les groupes religieux), se donnent bonne conscience en soutenant que des « soins palliatifs » avancés peuvent suffisamment atténuer les souffrances physiques et morales des patients en agonie terminale pour qu’il soit acceptable de leur refuser la libération qu’ils réclament.

Ces personnes bien pensantes, qui s’empressent de donner le coup de grâce à un animal gravement blessé, ne trouvent pas cela cruel de prolonger l’agonie des mourants car « la souffrance est bonne pour leurs âmes » ou bien parce que « seul DIEU doit choisir le moment de la mort ». Quelle monstrueuse hypocrisie! c’est qu’ils imposent leurs croyances à tous les autres de cette façon!

Évacuer le problème en parlant de « soins palliatifs » n’est qu’un leurre car les ressources nécessaires pour offrir de tels soins de façon efficaces sont insuffisantes pour satisfaire la demande. L’option des « soins palliatifs » ne sera crédible que si elle devient une une véritable alternative au suicide assisté, c’est-à-dire losque les deux seront également disponibles.

Si, au moment critique, ni le suicide assisté ni des soins palliatifs efficaces ne sont disponibles, alors vous allez devenir, comme tant d’autres, un « cas » d’une maladie que la machine médicale va combattre jusqu’à la mort (la vôtre), quelles que soient les souffrances que cela vous causera.

Votre seule protection contre l’acharnement thérapeutique serait d’avoir pris la précaution de signer devant témoins un testament biologique et de le distribuer assez largement pour que la machine médicale ne puisse pas l’ignorer.

La pensée que je ne pourrai pas demander à mon médecin de m’aider à mettre fin à mes tourments me désespère. Je suis absolument terrifié par la perspective d’être prisonnier d’une énorme « machine » médicale programmée pour m’imposer toute sorte de traitements et de procédures pour prolonger ma vie à tout prix sans tenir compte de ma volonté de mourir.

Si on essaie de s’imaginer à la place du patient, on est obligé de se rendre compte que l’interdiction du suicide assisté équivaut à une invitation à se suicider prématurément pour éviter d’être piègé par la machine médico-légale.

 
5 Commentaires

Publié par le 4 mars 2010 dans Travaux d'élèves

 

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5 réponses à “Le suicide assisté

  1. Anne-marie vachon

    14 décembre 2015 at 20:05

    J’ai doit faire un débat sur le suicide assisté! Je suis contre! Il me manque juste mon introduction à faire! Pourriez-vous m’aider svp!?☺️

     
    • Julie Dubé

      15 décembre 2015 at 09:18

      Pour le sujet amené, pourquoi ne pas parler de la nouvelle loi québécoise qu’on veut mettre en place pour donner le droit aux gens malades de mourir dans la dignité? Ce projet est loin de faire l’unanimité et ce serait un bon point de départ. Ensuite, il faut préciser la question sur laquelle vous vous positionnez et présenter l’opinion que vous en avez. Bonne chance!

       
  2. Jean Tholes Nazire

    7 juin 2014 at 13:51

    un sujet sur le tabagiste

     
  3. pmrb

    5 mars 2010 at 04:25

    Rien n’est pire dans un échange d’idées que de donner des sens différents aux mots. Pour éviter les confusions, je vous suggère d’adopter le vocabulaire qui se fait jour progressivement en Europe:
    Meurtre: le fait d’ôter la vie à quelqu’un, que le moyen utilisé soit violent ou pas, douloureux ou pas pour la victime (le droit français fait la distinction entre meurtre – plutôt violent – et l’empoisonnement, mais il y a des empoisonnements qui sont terriblement douloureux !)
    Euthanasie: comportement qui aboutit à la mort d’un tiers dans la « douceur » (étymologiquement l’euthanasie, c’est la » mort douce »)
    Euthanasie active: geste accompli avec l’intention de donner une mort douce à un tiers. Avantage: on saura quand et comment la mort surviendra, à peu de chose près.
    Euthanasie passive: ne pas dispenser les soins nécessaires à la survie du patient (avec ou sans l’intention de donner la mort suivant qu’on est plus ou moins hypocrite……). On ne peut prévoir quand la mort surviendra, ni comment si des soins palliatifs ne sont pas dispenés.
    Euthanasie volontaire: euthanasie explicitement demandée par une personne pourvue de tout son discernement, parfaitement informée,et libre de toute pression extérieure,
    Euthanasie involontaire: euthanasie qui n’a pas été l’objet d’une demande explicite et incontestable de la personne concernée
    Suicide assisté: aide apportée à une personne qui s’applique elle-même le moyen de mourir. La confusion est constante entre l’euthanasie volontaire active et l’assistance à un suicide de quelqu’un (un paralytique par exemple) à qui l’aide est obligé d’administrer le poison parce que le patient ne peut se l’administrer lui même. J’essaie de faire passer l’idée, sans y être encore parvenu, que toute la différence est dans cette question: qui a pris la décision ? Si la décision a été prise souverainement par le patient, c’est un suicide; si au contraire le tiers (un médecin le plus souvent) a pris part à la décision, c’est une euthanasie.
    Une fois les responsabilités de chacun établies, le reste n’est plus qu’une question de philosophie, de morale sociale, d’éthique. A qui appartient la vie ? A Dieu, au citoyen, ou à la société ? J’ai personnellement fait mon choix: ma vie m’appartient. Je respecte qu’on fasse un autre choix mais je n’accepte pas qu’on me prive de ce choix. Cette question est la principale à laquelle un testament biologique doit répondre à mon sens.

     
  4. Julie Dubé

    4 mars 2010 at 10:05

    Excellent travail! C’est génial, ma belle… Tu travailles toujours très bien. Pour ce qui est de l’euthanasie, c’est un sujet fort délicat qui demande beaucoup de réflexion et d’encadrement. Selon moi, l’important est d’abord d’assurer les meilleurs soins possibles à un patient et éviter de prolonger les souffrances inutiles. Ensuite, il est certes important de ne pas oublier qu’une personne peut choisir comment disposer d’elle-même, décider de ce qu’elle fait de sa vie. Si le choix lui revient, par testament biologioque ou de vive voix, je ne vois pas pourquoi on devrait interdire l’euthanasie. Laissons le libre choix au patient lui-même; ce n’est pas à la famille ou aux médecins de trancher par contre. Il faudra une législation très stricte à ce propos. En tout cas, beau travail!

     

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