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La structure argumentative

11 Déc

Le propre de notre société, c’est que tout le monde a un avis sur tout, mais peu savent vraiment débattre d’un sujet de façon logique, structurée et crédible. Quand l’objectif est de convaincre, vaudrait mieux mettre les meilleures chances de notre côté, non? Je vais ici vous présenter la structure du texte argumentatif. Dans d’autres capsules à venir, j’aborderai plus particulièrement les types d’arguments, les procédés explicatifs et persuasifs; bref, toutes les notions complémentaires pour apprendre à s’exprimer et à convaincre.

D’abord, la structure argumentative ressemble à celle de la dominante informative, mais elle laisse place à la subjectivité. L’intention n’est plus d’informer à proprement parler, mais plutôt convaincre les gens d’adhérer à notre opinion. L’information recueillie servira à appuyer notre propos, à rendre le raisonnement plus solide. Bien sûr, trois parties dominent : l’introduction qui permet de situer le lecteur et de piquer sa curiosité, ensuite vient le développement où les principaux arguments sont présentés et appuyés et enfin, la conclusion vient rappeler et renforcer la prise de position. D’abord, j’en profiterai pour faire la distinction entre lettre d’opinion et commentaire, deux types de textes argumentatifs. Ensuite, je présenterai et expliquerai chacune des parties.

Lettre d’opinion ou commentaire

Vous avez sûrement déjà remarqué que des sujets à controverse sont présents dans l’actualité : tout événement peut susciter un débat autour d’une question précise. Ne pensons qu’à un accident de la route : doit-on abaisser les limites de vitesse? augmenter les contraventions? être plus sévères pour les cas d’alcool au volant? augmenter l’âge d’obtention du permis de conduire? … ou à l’augmentation des frais de scolarité : utile pour le financement des universités, mais très dommageable pour l’avenir des jeunes et du pays.

Nous avons souvent une opinion tranchée, bien déterminée. La lettre d’opinion est alors appropriée puisqu’elle permet de présenter un point de vue ferme, pour ou contre le sujet à discussion. D’un autre côté, nous avons parfois de la difficulté à être aussi tranchés, alors le commentaire serait plus judicieux puisqu’il permet de présenter une position plus mitigée en allant voir les deux côtés de la médaille. La difficulté dans ce dernier type de texte est d’avoir tout de même un point de vue précis, même si nous reconnaissons des arguments défavorables à celui-ci. L’objectif est de dénoncer les faiblesses du système et d’en proposer des solutions s’il y a lieu.

Introduction

L’objectif ici est de situer le lecteur et d’annoncer nos couleurs sans trop en dire. Il faut piquer la curiosité du lecteur, c’est vrai, mais pas tout lui dire dès le départ. Il n’aura alors plus d’intérêt à poursuivre la lecture. Pourtant, c’est ce que nous voulons qu’il fasse puisque c’est dans le développement des idées que l’opinion se révèle plus solidement.

D’abord, pour situer le lecteur, nous devons présenter le sujet amené : qu’est-ce qui est à l’origine de notre rédaction? quelle est la situation actuelle? Prenons l’exemple de la peine de mort. Nous pourrions parler d’une mise à mort survenue dans un pays en guerre, des statistiques qui font un portrait de la situation dans le monde, d’un crime particulièrement atroce auquel certains croient qu’on devrait appliquer la peine capitale, ou tout autre élément pertinent faisant état de la question. Voici un exemple fictif :

Quel scandale! La guerre au Moyen Orient frappe de nouveau : des journalistes français enlevés par un groupe de rebelles afghans ont été exécutés sur la place publique de Kandahar samedi dernier. Des vidéos amateurs montrent les criminels masqués pointer une arme sur la tempe de chacun des journalistes avant de les abattre froidement devant des centaines de personnes horrifiées.

Ensuite, nous annonçons le sujet posé accompagné, bien sûr, par notre prise de position. Cela peut se faire de deux manières. Nous pouvons utiliser une question à laquelle nous répondons. Nous avons aussi la possibilité d’introduire notre prise de position en partant du sujet amené. Prenons l’exemple suivant :

Cette nouvelle soulève beaucoup de controverse à travers le monde. L’un des débats est centré sur la peine de mort : est-ce qu’elle devrait être interdite ou non? Selon moi, c’est une injustice d’appliquer la peine capitale et j’espère bien que jamais notre pays ne songera à la réintégrer dans notre système pénal.

Le sujet divisé est facultatif. Ici, l’objectif ne serait pas d’annoncer nos arguments puisque le lecteur n’aurait alors pas besoin d’aller plus loin. Ce n’est pas ce que nous désirons puisque nous voulons qu’il lise tout le texte et les arguments, les preuves et les explications. Nous pouvons par contre annoncer les aspects abordés. Les aspects déterminent les angles sous lesquels on étudie le sujet, ce sont des domaines d’information qui viennent apporter chacun un éclairage particulier sur le sujet abordé. On peut les identifier par des adjectifs ou un nom (groupe nominal très court). En voici une liste pour vous guider :

  • Aspect social ou humain
  • Aspect économique ou financier
  • Aspect religieux ou moral
  • Aspect politique
  • Aspect commercial
  • Aspect médical (santé)
  • Droits de la personne (droits humains)
  • Aspect judiciaire (justice)
  • etc.

Tant d’un point de vue social, politique, militaire, psychologique et judiciaire, ce n’est pas une solution envisageable, c’est un crime envers l’humanité!

Développement

Ensuite vient les arguments; ceux-ci sont les raisons qui nous permettent de prendre position. Chaque paragraphe doit contenir un argument solide que nous pouvons appuyer de plusieurs manières grâce à : des résultats d’études, des statistiques ou d’autres faits, des témoignages, des propos d’expert, des exemples, etc. (voir types d’arguments) Nous pouvons relier nos idées les unes avec les autres par des marqueurs de relation ou des phrases-liens fort utiles pour assurer la continuité de notre texte. De plus, il est important de s’impliquer personnellement dans notre propos et de ramener régulièrement notre prise de position afin de la renforcer. Voici à quoi cela peut ressembler :

D’abord, il ne faut pas oublié que nous sommes une société libérale. Nous avons fait le choix d’appuyer et de signer la Charte des droits et libertés. Accepter que le gouvernement autorise la peine de mort est accepter que nous devenions des bourreaux, des criminels au même titre que ceux que nous voulons condamner ainsi. La peine capitale ne permet aucun retour en arrière, cela lui donne une dimension inhumaine puisqu’elle ne laisse place à aucune chance de pardon. De plus, il est prouvé que tout moyen de mise à mort, même par injection létale, est très douloureux. Je trouve que c’est un moyen cruel et scandaleux de punir un acte de violence, c’est de répondre par de la vengeance qui n’a pas sa raison d’être dans une société dite civilisée.

De plus, il n’y a aucun avantage de pratiquer la peine de mort. Bien que certains croient le contraire, cette peine n’a aucun effet dissuasif pour les criminels. Ils ne s’empêchent pas de commettre un crime parce qu’ils « risquent » la mort! D’ailleurs, le taux de criminalité au Canada a plutôt baissé depuis 1976, année de l’abolition de la peine capitale. À l’époque, le seul moyen utilisé était la pendaison. Aujourd’hui, plusieurs autres moyens existent telle la chaise électrique, mais les experts ne croient pas que cela changerait grand chose. C’est plutôt par des interventions concrètes sur le terrain qu’on peut contrôler la criminalité, pas en menaçant de mort une personne que nous ne sommes même pas certains d’attraper et de prouver la culpabilité hors de tout doute.

Dans un même ordre d’idée, pensons à toutes les faiblesses du système judiciaire. C’est gérer par des hommes faillibles, nous ne devons pas l’oublier. Les gens plus riches se permettront d’avoir les meilleurs avocats pour les défendre. Les pires criminels peuvent s’en sortir de cette manière, ce n’est pas la peine de mort qui empêchera ça. Il y a aussi les erreurs policières et judiciaires, les pressions politiques, le racisme et tout autre discrimination qui sont des sources de danger : danger de mettre à mort un innocent. Comment s’assurer que ça n’arrive pas? C’est pratiquement impossible, d’autant plus qu’il n’y a aucun retour en arrière possible.

Pour terminer le développement, c’est là que nous devrons faire la distinction entre le commentaire et la lettre d’opinion. Pour le commentaire, nous pouvons présenter deux arguments défavorables à notre position précédente sans répondre à ces propos :

Il est vrai que les crimes passibles de peine de mort sont atroces. Nous avons à faire à de la violence, à de la folie d’une force inimaginable. Je ne crois pas qu’une personne pervertie peut réellement être réhabilitée par une thérapie. Combien de fois, d’ailleurs, avons-nous entendu parler d’un cas de récidive grave? Pour ce qui est d’exercer un contrôle médicamenté sur la personne, c’est une belle pensée peu réaliste. Combien de temps cette médication devra être imposée? Quels impacts aura-t-elle? Comment s’assurer qu’elle sera toujours maintenue? Honnêtement, je pense que c’est comme se promener avec une arme chargée : le coup peut partir n’importe quand. Nous ne pouvons pas sincèrement appuyer ces initiatives, c’est trop risqué pour la sécurité de la population. La peine de mort éviterait ainsi tout risque de récidive. La protection des gens seraient ainsi assurée.

À cela, j’ajouterais la dimension sociale : en tant que société, nous ne pouvons pas tolérer le crime. Il nous faut punir nécessairement les coupables pour conserver des conditions de vie civilisées. Dès l’enfance, la meilleure manière, selon moi, pour bien éduquer est de punir l’enfant à la hauteur de son geste : plus l’action posée est grave, plus la conséquence augmente. Je crois pertinent qu’il devrait en être ainsi dans la vie adulte. Chaque personne est responsable de ses actes et doit répondre aux conséquences qu’ils apportent. C’est pourquoi la peine de mort devrait pouvoir exister dans des cas extrêmes de violence et d’horreur.

Pour la lettre d’opinion, nous nous permettons de reconnaître un argument défavorable, mais nous devons y répondre pour défendre notre position. Soit que nous montrons alors la faiblesse du raisonnement, soit nous apportons une solution concrète autre que celle proposée par la partie adverse. C’est ce qu’on appelle une objection et sa réfutation. Voyons d’abord un exemple d’objection :

Il est vrai que l’emprisonnement coûte très cher au gouvernement donc, par le fait même, à la population. Pourquoi serait-ce à celle-ci de payer la note pour des gestes commis par quelques-uns? D’autant plus que les normes dans les prisons font de celles-ci des lieux de vie souvent plus agréables que ce que la plupart des gens peuvent se permettre tout en restant honnêtes… à cause d’ailleurs des impôts trop élevés pour leurs moyens, quelle ironie, non?

Et voici un type de réponse qu’on pourrait y apporter :

D’un autre côté, on oublie que les frais liés à une peine de mort sont tout aussi énormes que pour un emprisonnement à vie, sinon plus. En effet, il y a les frais d’emprisonnement, peine qui peut durer plusieurs années avant que la condamnation soit appliquée. Il faut compter aussi les coûts judiciaires pour mener d’abord une enquête approfondie puis pour établir une poursuite qui peut mener à plusieurs mises en appel. Enfin, le prix de la condamnation à mort sont aussi importants parce que les normes à suivre sont élevées et plusieurs ressources doivent être mobilisées, autant matériel que humaine. Bref, dans ce contexte, la peine capitale devient un luxe que je ne crois pas utile qu’une société se paie, particulièrement quand on sait qu’elle n’est pas la condamnation la plus appropriée.

Bref, on a établi de deux manières la suite du raisonnement; on peut choisir entre les deux. Il faut juste s’assurer, dans le cas du commentaire, que les arguments contraires soulevés ne viennent pas affaiblir l’argumentation. Cela implique aussi une conclusion différente. Voyons cela…

Pour le commentaire, il importe de rapporter la position de départ et d’expliquer les conséquences des nuances apportées par les arguments défavorables. On termine généralement par une ouverture souvent baser sur des souhaits ou des pistes de solutions que l’on suggère. Voici un exemple :

Finalement, bien que je reconnaisse que la peine de mort pourrait être appropriée dans certains cas, je crois qu’il existe réellement trop de risque de punir un innocent. C’est aussi de répondre à la violence par la violence. S’il y aune chance de réhabilitation, pourquoi ne pas essayer? La conséquence serait alors de réparer le geste par des travaux communautaires à la hauteur du crime posé. Ça devrait être fait à la suite d’une thérapie jugée adéquate et réussie. Au moindre doute, la personne devrait rester au pénitencier. Mais là, il faudra revoir les lois pour s’assurer que tout criminels extrêmement dangereux ne soient jamais, au grand jamais, remis en liberté. Pas après 25 ans… ni même avant pour bonne conduite!

Pour la lettre d’opinion, on doit aussi rappeler la prise de position, ferme celle-là. On peut aussi ajouter une ouverture en lien avec le sujet.

Bref, je ne crois absolument pas que la peine capitale soit un choix judicieux pour une société. Bien qu’on doive, selon moi, revoir les normes liées à l’emprisonnement. D’abord, il faudrait envisager d’annuler la sortie après 25 ans… quand on parle d’emprisonnement à vie… et oublier toute remise en liberté pour bonne conduite. Il y a un trop haut risque de récidive. Ensuite, pourquoi ne pas mettre ces gens au travail? Il existe tellement de tâches que les criminels emprisonnés pourraient réalisées pour le bien-être de la population. Puisqu’ils ont commis des gestes contre la communauté, ils se doivent de réparer. Il n’est certes pas approprié de faire travailler un condamné pour pédophilie auprès d’un organisme venant en aide aux enfants, mais on pourrait envisager d’autres activités fort utiles. Cela serait une conséquence juste pour les actes criminels posés et justifierait les frais encourus pour la société afin d’entretenir les pénitenciers.

C’est ainsi que l’on peut construire un texte argumentatif. Les deux formes, lettre d’opinion ou commentaire, sont toujours possibles. La première est toutefois recommandée pour quelqu’un qui se sent moins à l’aise pour la rédaction d’un tel texte. Il est à noter qu’à l’écrit, les arguments favorables demandés sont au nombre de deux alors qu’on doit en présenter trois à l’oral. En outre, pour la présentation orale, on se doit de choisir entre un exposé oral (seul) – qui sera construit comme la lettre d’opinion, c’est-à-dire une position ferme avec une objection et une réfutation – et un débat (en équipe) où on pourra présenter les deux côtés de la médaille comme dans un commentaire.

Voici quelques documents et liens utiles pour votre travail. D’abord, je vous offre d’imprimer un canevas pour faire votre plan, choisissez celui qui est le plus approprié. Vous pouvez également les remplir à l’ordinateur avant de l’imprimer, mais vous devez alors l’enregistrer. Ensuite, je joins un exemple inspiré du texte donné en exemple ci-dessus.

Plan pour la lettre d’opinion et exemple

Plan pour le commentaire et exemple

Plan pour l’exposé oral

Aide-mémoire pour le débat

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9 Commentaires

Publié par le 11 décembre 2009 dans Capsules du prof

 

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9 réponses à “La structure argumentative

  1. Marie-Christine Corona

    2 janvier 2017 at 04:11

    Ne serait-il pas nécessaire de corriger les fautes d’orthographe?

     
    • Julie Dubé

      9 janvier 2017 at 11:46

      Oui, mais je n’ai personne pour m’aider à la révision et j’essaie de faire de mon mieux malgré le manque de temps. Si vous en remarquez, merci de me les montrer pour que je puisse modifier les textes en cause. Pour ce qui est des commentaires et questions, je me modifie rien de ce côté, ou rarement.

       
  2. Jouhar

    7 mai 2016 at 13:09

    Slt j aime bien votre style ayez la bonté d ecrire une production ecrite exp d un texte argumentatif. Merci d avance

     
    • Julie Dubé

      8 mai 2016 at 17:19

      Il y a déjà des exemples de textes venant de mes élèves. Je n’en écris pas pour ma part parce que ce n’est pas moi qui suis les cours et qui apprends 😉

       
  3. Sylvie Pageau

    25 mai 2015 at 08:41

    J’aime beaucoup votre site. J’y trouve toujours des informations pertinentes. J’en profite pour vous informer que dans le premier exemple dans la partie sur le développement du texte argumentatif, il est écrit ChartRe des droits… Merci

     
  4. nadia

    1 février 2015 at 10:36

    Bonjour pourrai vous m aider a trouver un sujet de contreverse dans le domaine de l éducation spécialisé. Merci

     
    • Julie Dubé

      2 février 2015 at 09:17

      C’est un domaine que je connais peu parce que je n’ai pas affaire avec des éducateurs spécialisés. Peut-être que vous pouvez regarder du côté des méthodes d’intervention (contention, isolement, etc.), du financement plus ou moins approprié des services, ou même des coupures gouvernementales annoncées, la création de maisons des jeunes, de postes de travailleurs de rue, etc.

       
      • Robin G.

        17 février 2017 at 09:47

        est-ce que vous auriez des arguments qui sont ‘pour’ les coupures gouvernementales sur les Éducateure spécialisé? je trouve plein d’arguments ‘contre’ mais rien en ‘Pour’ .

         
      • Julie Dubé

        17 février 2017 at 13:01

        Je dois avouer être en panne sèche… économie d’argent? répartition des budgets en investissant dans des mesures qu’on croit plus efficaces? éviter le gaspillage? Je ne sais pas trop…

         

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